Être compagnon…

Témoignage de Jean Berger, Sj, Saint-Étienne

« Quand j’étais étudiant, je fus assez étonné un jour de découvrir que mon aumônier jésuite signait ses mails par «Cie de Jésus». En anglais, il aurait écrit «Society of Jesus». Les Jésuites prenaient-ils leur mission comme un boulot au sein d’une entreprise dont Jésus était le boss ? Était-ce une blague ? Je découvris ensuite que le vrai nom des Jésuites était bel et bien « Compagnie de Jésus »et cela m’a fait réfléchir.

Pour Ignace de Loyola, le mot «compagnie» a un sens militaire, certes, mais au sens d’un groupe militant. Cependant, au tout début de son parcours de conversion, il ne voulait pas créer un nouvel ordre religieux. Il cherchait tout d’abord des guides qui l’aident à avancer pour se donner le plus possible au Christ. C’est l’étape des confessions générales et de l’initiation aux mouvements des esprits. Ignace cherchait des accompagnateurs. Sur son chemin, d’autres tentent aussi l’aventure d’une vie de pauvreté radicale et de service avec lui. Malheureusement, cela ne dure pas bien longtemps : certains l’abandonnent dès qu’il y a un procès de l’inquisition, d’autres disparaissent avec la bourse commune. Finalement, le premier ingrédient du compagnonnage, ce fut l’expérience des Exercices spirituels, donnés par Ignace lui-même à ses compagnons de chambre, Pierre Favre et François Xavier. Les exercices sont un outil pour ordonner sa vie, au service et à la louange du Seigneur. Pierre et François décident alors de se donner radicalement au Christ. Et finalement, des mois plus tard, une vision d’Ignace voit le Christ le prendre à ses côtés. Il ne doute plus : avec d’autres, ils seront compagnons du Christ.

Être compagnon, c’est un tout autre programme qu’être employé dans une entreprise. Un compagnon, c’est celui avec qui je vais partager mon pain, mon repas. Avec ces temps de confinement, on redécouvre davantage l’importance de ces temps de repas partagé, avec les mêmes personnes pendant de longues semaines. Partager son pain ensemble, c’est partager la parole, les joies, les peines de chacun, mais c’est également lancer un encouragement qui réchauffe quand tout semble désespérément bloqué. Partager encore son pain chaque jour apprend également à se taire quand l’autre devient agaçant. Ce repas a, à coup sûr, la saveur du pain rompu à Emmaüs : des compagnons reconnaissent que Celui qu’ils avaient choisi de suivre est toujours présent. Le compagnonnage n’est pas un travail en équipe sur un projet commun. Chacun a ses propres missions, et chacun en reste responsable. Mais cheminer ensemble, comme compagnon, c’est prendre régulièrement le temps de s’ouvrir pour s’aider à avancer. On ne peut pas marcher à la place de quelqu’un d’autre, mais on peut rester à ses côtés. Le compagnonnage n’est pas un accompagnement spirituel, mais un repas partagé régulièrement pour s’aider mutuellement. »

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